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 La griffe de Yueri

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yueri
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Date d'inscription : 11/12/2007
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Localisation : Hachioji, Japon

MessageSujet: La griffe de Yueri   Sam 13 Fév - 19:28

J'ai décidé de poster enfin cela. Ça fait un an que j'ai écrit ça, mais je le relis, et c'est encore vrai. Vous avez le droit de ne pas aimer ça, je le comprendrais. Dites le seulement d'une façon acceptable, je vous en prie.

Merci ~


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Cette journée avait paru infinie, le soleil ne voulant apparemment pas me laisser sortir pour profiter des derniers jours de l’hiver, ces jours qui vous mordent au cœur en vous rappelant combien ceux qui viennent seront encore plus longs. Il était bien là, bien vivant, descendant à l’horizon trop lentement, vous donnant une folle envie de souffler dessus pour qu’il s’éteigne comme une chandelle. J’ai donc attendu, voyant le bleu se décolorer pour tourner au jaune puis écarlate pour revenir à l’azur, teinté et plaqué de noir, ce tissu parfait marqué de ces quelques perles. J’étais tout juste sortie dehors que j’en oubliai ma longue journée. La nuit s’offrait à moi. Pensée quelques peu égoïste que j’eût en me demandant pourquoi je devais la partager avec eux. Comment peuvent-ils me la voler ? Qu’en feront-ils si ce n’est que de la débauche et quelques folleries ? Ne me volez pas ce dont vous ne pouvez pas vous servir décemment, ne volez pas ce que vous ne comprenez pas à ceux qui eux, en ont besoin. Déjà je marchais dans une rue déserte, les gens m’ayant laissé cette liberté d’être enfin seule avec le silence. Mes pas résonnaient contre les bâtiments de pierre, mes pas tapant le sol de brique à un rythme régulier, cet écho qui voulait me faire croire qu’on me suivait. Je n’y ai pas cru, ou plutôt, je n’ai pas voulu y croire. Les ombres couraient sur le sol jusqu’à dévorer l’architecture des vieux blocs appartements de ce coin de la ville, ramper sur les bancs publics, cacher les chats errants, offrant un certain réconfort froid et humide pour les rats qui s’y réfugiaient. Ces rats, qui n’étaient pas si loin de ces inconnus qui marchaient un peu plus loin. Dégoûtants et effrayants. Je ne m’attendais à rien de cette promenade, sauf peut-être m’échapper un peu de ma prison. Les pas d’écho me suivaient toujours, mais ils ne m’inquiétaient pas le moins du monde, même qu’ils me réconfortaient et me rassuraient. Je m’imaginait cette personne me suivant comme étant un certain ange qui me surveillait. J’avançai quand même, me résignant à jeter un coup d’œil derrière moi, quelques peu certaine que je serais déçue. Les branches des arbres menaçaient de casser, là, juste au dessus de ma tête et de m’assommer, pour me laisser ici, inconsciente dans la neige jusqu’à mourir de froid. Parce que personne ne viendrait me sauver. Puis les pas s’intensifièrent. Est-ce que je marchais si fort ? Est-ce que je marchait à ce rythme ? Je ne pût pas, cette fois, m’empêcher de regarder. Il n’y avait évidemment personne. Je poussai un soupir qui fit écho entre les longs murs. Puis je continuai de marcher, je fit quelques pas, pour finalement m’arrêter net.

Ce parc là… Ce banc, ici… Il n’y étaient pas il y a quelques secondes de ça, avant que je ne me retourne. Mon souffle fort me fit remarquer que j’avais couru. Pour me sauver de quoi ? Je n’en savais plus rien. Et sur le banc, il y avait quelqu’un. À sa silhouette, je ne put deviner qui cela pouvait bien être. Mais au fond de moi, cette forme, cette pose… Je savais qui c’était, je connaissait cet inconnu. Mais son nom, son visage… Je n’ai rien pu savoir. Je me suis encore avancée, comme pour me présenter, même si je sentais ce geste bien peu nécessaire. De grandes lignes, comme dessinées d’une brise légère, fluides et douces, décrivaient ses cheveux, foncés, brillants. Je remarquai leur couleur noire bleutée et en levant le regard au ciel constatai leur allure, comme s’ils étaient de longs fils ou rubans arrachés de la toile de nuit qui surplombait le parc. Ils coulaient sur ses épaules et tombaient sur son dos comme une cascade interminable et parfaite. Je tendis la main pour leur toucher, pour les secouer un peu, idée de pouvoir humer leur odeur mais je n’en n’eût pas le temps. L’inconnu s’était retourné, ayant entendu mon souffle court et nerveux. Puis ses yeux croisèrent les miens. Si gris qu’ils en étaient presque argentés, un reflet de vert, comme une émeraude, ces bijoux cachés derrière un voile d’ombre de velours noir et ces cils si longs et voluptueux, comme des pattes d’araignée, comme des griffes qui empêcheraient qu’on ne vienne dérober ce regard si tendre, cruel et indifférent à la fois. C’était ces sourcils qui lui donnaient cet air. Tracés du plus fin pinceau, une ligne courbe et douce, cet arc peu naturel mais tout de même joli. Il avait un visage rond, cette forme encore accentuée par la frange qui était coupée si droite au-dessus de ses sourcils, comme tranchée d’un seul coup d’épée. Et ses lèvres… Évidemment exagérées, elles étaient dessinées telles qu’une vraie femme aurait été jalouse du talent nécessaire pour réaliser un tel effet, une bouche volumineuse, des lèvres d’une forme parfaite, aussi noires que l’onyx, avec la même brillance qu’une pierre infiniment polie. La couleur de sa peau qui semblait presque irréelle, croisait le blanc avec la couleur rosée d’une pêche, cette couleur de peau que jamais une poupée de porcelaine n’aurait même pu envier, semblant aussi douce que de la soie pure qui aurait été travaillée par le meilleur des tisserands. Je ne l’avais pas quitté des yeux, et son regard n’avait pas quitté le mien. Ce que je n’avais pas remarqué est qu’il s’était relevé pour s’avancer de quelques pas seulement, des pas presque angéliques, déposés sur le sol avec un si grande douceur qu’il semblait flotter. Il s’arrêta et me fixa alors que je crut fondre. Il était grand et élancé, les lignes de sa silhouette fines et délicates courbes que je m’étais donné le droit d’envier. Il repoussa d’une main féminine aux longs doigts majestueux ses cheveux de sur ses menues épaules qui étaient loin d’être d’une carrure impressionnante, plutôt étroites et rondes. Ces épaules qui étaient cachées sous un veston coupé dans une riche étoffe semblable à du velours, resplendissante à la lumière de la chandelle nocturne, embrassant son corps svelte, découpant ses bras dans la nuit, le court manteau étant de cette couleur qui change au moindre mouvement, changeant du noir au bleu en passant par le violet et le marine. Mes yeux longèrent son torse, comptèrent les boutons qui attachaient le veston avant de remarquer la jupe dont il était vêtu. Je mentirais en disant que je n’avais vu que la jupe. Il y avait ses magnifiques jambes qui s’en détachaient, blanches comme le marbre, comme de la cire, comme deux cierges lisses qui témoignaient sa pureté. Il fit un autre pas vers moi et je ne fût pas capable de mouvoir un seul de mes muscles. Je me sentais attirée vers lui par une force que cet inconnu dégageait, mais aucun de mes membres ne bougeait. Ses yeux, son regard perçant m’avait liée sur place. Une terrible colère intérieure me chavirait. Pourquoi, après avoir voulu la nuit et la lune à moi toute seule, sans jamais vouloir me séparer d’elles, j’avais maintenant l’envie de les lui donner toutes entières, de les partager avec lui, seulement lui, pour un moment infini encore ? Un coup de vent manqua tout découvrir du haut de ses jambes mais la jupe semblait si lourde que presque rien ne bougea. Elle tenait comme par magie, l’épaisse crinoline invisible à mes yeux, la jupe de satin aux nombreuses rangées de dentelles était majestueuse et sombre, donnait à cette créature l’image la plus magnifique qui soit, innocent et paisible, morbide et sombre, mais son regard fixe cachant une infinie tristesse et une solitude sans pareil. Il était maintenant face à moi, juché sur ses hautes chaussures vernies, les longs rubans noués jusqu’à ses genoux. Il baissa légèrement les yeux pour m’observer encore. Une lueur dans les bijoux gris me déchira. Il s’approcha encore de moi et sans me toucher, sans même me frôler, je sentit son souffle dans mon cou alors qu’il me demanda, dans un murmure à mon oreille, qui j’étais. Je ne sût même pas répondre à sa question mais je voulais tellement entendre à nouveau le grave carillon de sa voix sonner dans la brise de la nuit que je lui retournai la question. En restant aussi indifférent qu’il l’avait été depuis que nos regards s’étaient croisés, j’écoutai sa voix me répondre.




- Je ne suis qu’une personne, vous savez. Est-ce vraiment nécessaire de savoir ce détail ? Est-ce que votre confiance envers moi changera ?



Avais-je vraiment confiance en lui ? Pourtant, il me semblait que je savais qui il était, que je comprenais, que ma question avait été inutile. Je ne voulais plus partir. Il semblait si triste que j’aie voulu savoir, si déçu de ma question. Il marcha autour de moi, sans jamais détourner son regard maintenant dérangeant de sur moi, il me parla, sans jamais hausser le ton, sans jamais que ma peau ne touche la sienne.



- Si j’avais été quelqu’un d’autre, qu’auriez-vous fait ? Si je n’était pas de cette manière, auriez-vous fuit ? Avez-vous peur de moi ? Je croyais que les gens ne pouvaient pas comprendre, je croyais qu’ils étaient aveugles, je croyais qu’ils étaient muets quand je criai à l’aide et qu’aucun d’eux ne vint me répondre, qu’aucun d’eux même ne posa son regard sur moi… Pourquoi vous ? Vous m’avez regardé, vous avez répondu à ma question… Pourtant, vous ne pouvez pas me dire si vous me faites confiance. Si vous savez qui je suis, partirez-vous ? Me laisserez-vous seul ?



Il avait l’air terriblement effrayé. J’avais l’impression d’être tombée sur ce genre de personne unique et seule qui n’approche pas les gens, qui est mal comprise, mais je le connaissais, je comprenais, je n’avais pas envie de partir, je n’avais pas envie de ne plus le retrouver, je ne voulais pas jouer à l’aveugle. Mais près de lui, mon cœur me brûlait. J’avais mal. Cette souffrance légère mais dérangeante, cette souffrance qui n’est jamais assez intense pour vous faire gémir mais assez importante pour vous empêcher de dormir. À chaque fois que son regard se plongeait dans le mien, mon cœur me serrait. Je ne voulais pas partir, je ne le pouvais plus. Il me retenait. Je tentai de le rassurer, mais je ne sût pas quoi dire. Je voulut sourire, mais lorsque je vit ses yeux briller, l’eau qui y montait, les bijoux bientôt noyés, je me retint. Je ne pouvais pas savoir s’il allait éclater en sanglots ou s’il allait sourire, les larmes étant peut-être de joie, peut-être de peine. Je réussit pour une fois à me détacher de mes liens, à fuir son regard et à reculer de quelques pas. Je finit par me retourner et m’en aller, en espérant qu’il ne tente pas de m’arrêter, que son regard ne revienne pas encore m’attacher.



- Attendez…


Il venait de me supplier. J’avais si mal de l’entendre. Pourquoi ne semblait-il pas parler la même langue que moi ? Pourquoi, à chaque doux mot qui effleurait ses lèvres, je me sentait évanouir dans la berceuse que m’évoquait ce chant grave et sensuel ? Mes mains tremblaient encore. Devais-je me retourner ? Serais-je jamais capable de le quitter après avoir croisé son regard une autre fois ? Cette sensation de ses yeux qui me menottaient à moi-même m’avait mortifiée. Sans pouvoir empêcher mes propres pieds de faire demi tour, je me retournai vers l’inconnu et le fixai une autre fois. Il s’approcha, dans un mouvement si bien contrôlé et fluide que l’on aurait dit que j’avais perdu toute notion des secondes qui s’écoulaient entre nous, qu’il allait s’évaporer et s’effondrer sur moi en une fine bruine à l’odeur masculine d’un verger obscur. Il tenait une lettre dans ses mains. Une lettre froissée et légèrement déchirée, sale et décolorée, molle, presque humide, comme si elle était dans sa poche de veston depuis de nombreuses années. Il me la tendit, serrée entre ses doigts aussi tremblants que les miens. Il ne parla plus, chose qui me surprit. Je prit la lettre et m’enfuit, mes lourds pas tapant le sol et je n’entendis plus rien, et je ne me souvint plus de rien. Il était trop tard. J’en était prisonnière.

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